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                     Sur l'abus du mot « culture » · Über den Missbrauch des Worts "Kultur"

Supplément au bac rhénan

Armin Volkmar Wernsing, Gute Nachricht zu Jahresbeginn · Bonne nouvelle

Eva Küster, Hochrechnung


Au pays de la platitude

Pannenpädagogik
La lente agonie de l'école soixante-huitarde
Big Brother et Loft Story - le regard lubrique

La honte

Pourquoi nous ne sommes pas autistes

Computerprogramm erzählt Geschichten

Fremdsprachen lernen - überflüssig?

Time Lag

Rappel (Helvétius)

Nettes Jahrhundert

Cette liberté qui fait peur (Dieter Simon)

Le progrès (Wolf Wucherpfennig)

La guerre à l'intelligence

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LA LENTE AGONIE DE L'ÉCOLE SOIXANTE-HUITARDE
 

L'enseignement des langues reprend doucement. Jack Lang affirme que «l'apprentissage des langues est une cause essentielle favorisant la diversité culturelle et l'ouverture des esprits». Et le ministre d'ajouter que «la connaissance de l'anglais est indispensable mais pas suffisante pour entrer de plein-pied dans le siècle» (Lettre Flash du MEN, 28 mars 2001). Il a raison, Jack Lang!

En Rhénanie-Westphalie, à partir de 2002, les élèves se verront obligés de prendre soit deux sciences (physique, chimie), soit deux langues étrangères jusqu'au bac.

Si ça continue comme ça, on va ressortir du mutisme des deux côtés du Rhin.

Conférence sur cette question le 14 mai à Mayence, avec Kurt Beck, Jean-Luc Mélenchon, Jack Lang et Annette Schavan. On verra bien.

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BIG BROTHER ET LOFT STORY - LE REGARD LUBRIQUE


 

L'idée n'est pas nouvelle, et M6 fait même preuve d'un étonnant manque d'originalité en proposant aux téléspectateurs français l'émission Endemol «Loft Story», un spectacle que d'autres chaînes dans 17 pays avaient déjà réalisé avant, par exemple RTL avec «Big Brother». Enfermer une dizaine de mâles et de femelles dans la cage d'une maison ou d'un appartement, en faire une émission avec pour seul suspense la question «baiseront-ils ou baiseront-ils pas?» - cela promet un ennui magnifique, comme c'était le cas en Allemagne où personne ne parle plus de «Big Brother». En ce moment - mai 2001 - la presse française répète fidèlement les protestations indignées qu'on pouvait lire au pays des poètes et des penseurs. Il est vrai que, des deux côtés du Rhin, on ne mâche pas ses mots: «marchandisation de l'être humain», «totale immoralité», «limite tombée», comme si la prostitution et son complément inévitable, le regard lubrique, intéressé ou moralisateur, étaient un phénomène nouveau. L'invitation de la chaîne Zalea-TV de se rendre sur place, le 12 mai, et de manifester son dégoût par des bombes de couleur et des boules puantes, n'échappe pas à la logique de l'information télévisée: les manifestants eux-mêmes seront filmés; préparez vos magnétoscopes. En effet, un des 250 participants à la manif à qui le reporter d'Europe 1 avait demandé pourquoi il était venu, a tout naïvement déclaré qu'on manifestait déjà contre tant de choses, pourquoi pas contre cette émission...

M6 n'a nullement franchi une nouvelle étape dans la commercialisation de l'être humain, seulement, tout le monde peut y assister. Jérôme, le frère de Napoléon, savait déjà que, pour de l'argent, «on trouve des danseuses et des professeurs partout». En vérité, il faudrait se demander s'il est plus abject de vendre son corps que son esprit. Les juristes qui ont formulé le contrat entre la société de production et les acteurs sont-ils plus excusables que ces derniers qui, dans l'espoir de gagner un séjour de six mois dans une «maison de rêve» (où ils seront encore filmés) et de la gagner à la fin, sont prêts à montrer leurs fesses? Pourquoi manifeste-t-on devant le studio et non devant le cabinet de celui qui a privé les participants de tous les droits? «Le Participant accorde à la Société [de production] le droit d'exploiter le résultat de sa participation à l'émission, son image et tout autre aspect de sa personne ou de sa participation, reproductible ou pas, par des moyens actuellement connus ou qui le seront dans le futur, et cela à la seule discrétion de la société.» Les esclaves d'autrefois étaient mieux lotis.

Lisez le contrat, publié par Le Monde du 5 mai. Et vous verrez que la chair humaine n'est pas chère: 323 F par jour plus un vague espoir. On comprend alors une des toutes premières phrases dudit document: «Le Participant atteste et garantit qu'il ne divulguera aucun renseignement ayant trait [...] aux termes du présent contrat.» Avouons que le regard lubrique à travers le trou de serrure que nous ouvre la pauvre «Loft Story» est beaucoup moins excitant que la lecture d'un tel texte.

Les 250 manifestants de Neuilly-sur-Seine qui ont amoncelé des sacs poubelle, volé des caddies et des panneaux de circulation pour en décorer l'entrée du studio, se sont trompés de cible. La télévision ne fait qu'exposer au grand jour les réactions tout à fait normales (et quelque peu enfantines) d'un groupe de personnes espérant de gagner quelque chose à ce jeu, argent, publicité ou une maison. Ce seront des réactions propices à détruire l'image idéalisée qu'on se plaît d'avoir de l'être humain. Le regard lubrique est justement celui qui se délecte à la bassesse humaine au lieu de la constater. Il y a un deuxième contrat, invisible, celui-ci. C'est le contrat que les inventeurs du jeu ont conclu avec le public et qui veut nous obliger à trouver ça amusant et à devenir les complices. Le calcul n'est que réaliste. Des voyeurs, vous en trouverez par millions. Des manifestants aussi, en nombre inférieur; mais ils font partie du calcul. C'est ainsi qu'on crée des «events». Et ça, c'est exaspérant. Car, à l'encontre des acteurs du drame, on n'y gagne rien sauf, à la rigueur, la bonne conscience pharisaïque.

Selon AFP, la manifestation «s'est dispersée vers 15H15, laissant derrière elle un champ de désolation et une odeur nauséabonde, sans que le moindre uniforme n'apparaisse à l'horizon mais en présence de nombreux cameramen et photographes».


LA HONTE
 

Nous autres Européens n'avons pas la moindre raison de monter sur les grands chevaux. Au seizième et dix-septième siècle, des milliers de femmes ont été assassinées parce qu'on les accusait d'avoir pactisé avec le diable; la dernière «sorcière» à être brûlée vive était, paraît-il, Anna Göldi - en 1782. Dans leur Malleus Maleficarum les moines dominicains Heinrich Institoris et Jakob Sprenger, avec la bénédiction du pape Innocence VIII, inventèrent un mode d'emploi de toutes les atrocités à l'usage des dénonciateurs, des tortionnaires et des bourreaux, un vrai best seller, édité 29 fois entre 1487 et 1669 (onze fois en France).

Quand on parle donc de ce qui se passe actuellement en Afghanistan, n'oublions pas que de telles persécutions de femmes font partie de notre propre histoire.



 

Femmes enfermées dans leur burqua, cette prison portative, interdiction de travailler, de sortir de chez elles sans être accompagnées d'un parent mâle, refus de traîtement lorsqu'elles sont malades, obligation de porter des chaussures insonorisantes pour qu'on ne les entende pas, prescription de peindre les vitres en blanc pour qu'on ne les voie pas - tout est fait pour la disparition des femmes, encouragement tacite au suicide et lapidation en cas d'infraction inclus.

Soyons sûrs qu'il se trouve des savants, des pieux et des politiciens qui nous expliqueront que l'honneur des femmes est tellement mieux protégé de cette façon et qu'elles devraient être reconnaissantes d'être soustraites au regard de l'homme. Car l'homme, on le sait bien, ne se connaît plus quand femme le tente; et ce serait dommage qu'il commette un péché, même quand il ne s'agit que d'une femme. En vérité alors, la nouvelle loi en Afghanistan est là pour discipliner les hommes! Et ce raisonnement n'est même pas sans logique cynique.

Car il n'y a de meilleur esclave que celui qui souffre, surtout quand on lui donne un sous-esclave qui souffre encore plus que lui. Ce n'est pas le bonheur, c'est le malheur bien réparti, bien hiérarchisé qui stabilise les dictatures.

L'impardonnable crime qui se passe actuellement en Afghanistan n'est pas seulement un crime contre les femmes, bien qu'elles en soient les premières victimes, c'est un crime contre l'humanité. Hommes ou femmes, nous avons intérêt à dénoncer ensemble cet attentat honteux contre le genre humain, d'autant plus qu'il n'est pas sans exemple.

Dernière information (24 mai 2001): Les Taliban viennent de confirmer cette analyse. La toute récente victime est le groupe minoritaire des Hindous qui seront obligés de porter un morceau d'étoffe jaune pour les distinguer des croyants. L'objectif est clair: présenter un bouc émissaire qui servira de proie facile quand la vie en Afghanistan sera devenue tout à fait insupportable. Quelquefois les tragédies sont jouées deux fois ou même plus souvent. Et la seule consolation est d'en prévoir la fin inéluctable; là aussi, on peut se fier à l'histoire.

Suite, décembre 2001: C'est fait. Et les Afghans s'en réjouissent. Pauvre Mollah Omar. Il a dû quitter son chouette palais, s'est réfugié en montagne et s'est évadé ensuite. Nota bene: le sacrifice au nom de Dieu est toujours pour les autres. Les dirigeants, eux, pratiquent le sauve-qui-peut. Il ne faut pas être trop optimiste non plus: les nouveaux leaders se disputent déjà le butin. Mais une telle situation avec beaucoup de petits dictateurs donne une chance aux gens de se faufiler dans la broussaille.

POURQUOI NOUS NE SOMMES PAS AUTISTES
 

Le charmant petit village de Rauischholzhausen se trouve entre Marbourg et Gießen, en Hesse, et abrite un château qui n'en est pas un, car il s'agit de la villa que s'est construite un riche industriel au début du 20e siècle dans un style indéfinissable qui rappelle les illustrations dans mon livre de contes de fée. La maison et son parc magnifique appartiennent à l'université de Gießen et servent de cadre, entre autre, à des colloques réguliers pendant lesquels on essaie de résoudre le problème de la compréhension d'autrui. Comment est-il possible de comprendre un étranger né et vivant dans une culture plus ou moins différente? Qui a d'autres expériences, d'autres valeurs, d'autres convictions et souvent un comportement pour le moins étonnant?

La question est loin d'être banale. Tout d'abord, les exemples de non-compréhension foisonnent: Serbes massacrant les Musulmans, Musulmans qui coupent la gorge aux Hindous, et quand les Turcs à Krefeld ont l'intention de construire une mosquée, il y a tout de suite un «Bürgerverein», qui déclare que les Turcs menacent notre culture et veulent nous subjuguer. Celui qu'on ne comprend pas devient vite l'ennemi. Il y a même ce qu'on pourrait appeler une hostilité artificielle et volontaire dont le hooliganisme fournit un bel exemple. Ce qui fonctionne à merveille chez l'homme c'est la création d'ennemis imaginaires qui nous épargne tout effort de vérification

Il est difficile de distinguer clairement entre comportements affectifs d'une part et mécanismes cognitifs de l'autre. Le choix des informations aperçues et retenues est certainement un processus cognitif: mais est il dirigé par l'émotion (par exemple la crainte de tout ce qui est «non-moi») ou alimente-t-il au contraire cette dernière? La non-compréhension précède-t-elle l'antipathie ou au contraire est-ce le manque d'empathie qui crée la non-compréhension? Ce qui semble établi: la compréhension d'autrui (même sans tenir compte des implications émotives) connaît beaucoup d'obstacles. On peut s'en convaincre facilement en regardant le visage d'un interlocuteur: qu'est-ce que cette personne pense, ressent, a l'intention de faire?

Et pourtant l'être social qu'est l'homme ne cesse de se poser ces questions. Sauf pour des individus frappés par le terrible sort de l'autisme, la construction mentale du «non-moi» est une nécessité absolue et nous occupe à tout moment. Nous avons créé une multitude de systèmes sémiotiques facilitant cette activité qui peut aller jusqu'à l'identification avec autrui, par exemple lors de la lecture d'un roman. Que se passe-t-il pendant la lecture? De toute évidence, nous devons être en mesure de nous oublier pendant un moment, d'écarter (provisoirement) nos vues et croyances, d'adopter la perspective d'autrui, de prendre son point de vue. Si les malentendus insignifiants, les disputes entre voisins, les guerres civiles témoignent de la défaite de la compréhension, nous sommes également capables d'y réussir.
 

 
L'équipe de recherche du docteur Jean Decety et de Perrine Ruby (unité Inserm 280) vient de montrer pourquoi c'est possible. «Lorsqu'on s'imagine réaliser soi-même une action, la région cérébrale activée correspond au cortex prémoteur. Lorsqu'on imagine une tierce-personne réaliser cette même action, la région s'active également, parallèlement d'autres structures cérébrales entrent en fonction, en particulier le cortex pariétal de l'hémisphère droit, jouant un rôle spécifique dans la distinction de soi et de l'autre. Cette différence de traitement mental permettrait à l'être humain de comprendre et donc d'avoir la possibilité d'accepter les intentions de l'autre.» (Communiqué de presse du 24 avril 2001) Les images obtenues grâce au scanner du cerveau ont permis d'identifier les régions cérébrales qui construisent le «non-soi», en d'autres termes: nous avons un organe à cet effet. L'homme n'est pas condamné à un isolement total. «Les chercheurs suggèrent que l'être humain, pour comprendre le comportement d'autrui, met en oeuvre une représentation mentale de soi: il se met à la place de l'autre en se "projetant" lui-même dans une action imaginée pour l'autre. Mais il ne va pas jusqu'à confondre le soi et l'autre.»

Rien ne nous dit, évidemment, si notre projection correspond à la réalité de l'autre ou non. Comprendre, ce n'est pas un résultat, c'est une action, une approche créative. Cette définition procédurale de la compréhension nous permet de dire avec Arthur Rimbaud, sans faux mysticisme: «Moi, c'est un autre».

Est-ce que la découverte de Jean Decety et de Perrine Ruby répond aux questions que se pose le colloque de Rauischholzhausen? Bien sûr que non. Nos systèmes de communication ne sont pas sans équivoques, et posséder une structure cérébrale pour la compréhension d'autrui ne veut pas dire qu'on veuille aussi s'en servir. Mais il est tout de même tranquillisant de pouvoir constater que l'homme n'est pas construit comme monade. L'ouverture vers le monde extérieur est inscrite dans notre patrimoine génétique, heureusement.
 
 
 

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COMPUTERPROGRAMM ERZÄHLT GESCHICHTEN

 

Zwei Computer-Wissenschaftler der North Carolina State University, Charles Callaway und James Lester, haben auf der Konferenz für Künstliche Intelligenz in Seattle (August 2001) ein Computerprogramm vorgestellt, das in der Lage sein soll, nach Eingabe einer Reihe von Parametern (Charaktere, Verhältnis der Personen zueinander usf.) selbständig Geschichten in natürlicher Sprache zu verfassen. In wenigen Jahren werde es auch Zeitungsartikel schreiben können und schon jetzt sei es in der Lage, Märchen zu erzählen. (Internet-Seite: www.csc.ncsu.edu/eos/users/lester/www/media)

Die erste Reaktion auf eine solche Nachricht ist natürlich: Dann muss man auch noch ein Computerprogramm erfinden, das diese Geschichten liest. Mit dieser giftigen Bemerkung endet ein Programm, das ich vor langen Jahren einmal in Quick Basic geschrieben habe, und das Inhaltsangaben von Heftchenromanen produzierte. Wahrscheinlich ist das Programm von Callaway / Lester etwas komplexer als meines damals, im Prinzip dürfte sich nichts geändert haben: Variablen in einem festen Gerüst. Ob die K.I. soviel dazugelernt hat?

Man fragt sich aber tatsächlich, was ein solches Programm denn leisten soll. Nach einigem Nachdenken kommt man vielleicht zu dem folgenden Ergebnis.

Da Computerprogramme nichts erfinden, sondern unablässig dasselbe wiederholen (mit regelgesteuerten Varianten), eignen sich die so hergestellten Texte hervorragend dazu, sie nicht zu veröffentlichen. Sie liefern ideale Muster für Sterilität. Da der Mensch aber alles macht, was er machen kann, auch wenn das der perfekte Blödsinn ist, wird das leider nicht so laufen. Machen wir uns eher gefasst auf viel industriell hergestellten Text-Schrott. womöglich in der Form von pseudo-individualisierten elektronischen Zeitungen. Was möchten Sie lesen? Skandale? Bitte sehr. Mit oder ohne falsche Empörung? Wetten, dass wir dann erst recht Lust an von Menschen für Menschen geschriebenen Texte bekommen, einer Luxusware "for the happy few"?
 

avw
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FREMDSPRACHEN LERNEN - ÜBERFLÜSSIG ?
 
Noch einmal Computer - es lässt sich nicht vermeiden. Dieser Apparat hat nicht weniger Auswirkungen als die Dampfmaschine oder der Elektromotor, welche die Arbeitswelt grundsätzlich verändert haben.

"Fremdsprachen zu lernen, könnte bald überflüssig werden." So titeln die Journalisten des Radio-Magazins "Leonardo" (WDR 5, Köln) vom 16. August 2001. Gemeint ist ein Programm des Deutschen Forschungszentrums für Künstliche Intelligenz, dem es gelingen soll, gesprochene Sprache in kürzester Zeit in eine andere zu übersetzen und das Ergebnis ebenfalls als gesprochenen Text auszugeben. Die drei bisher verwendeten Sprachen sind Deutsch, Englisch und Japanisch.

Wer sich auf der Homepage des DFKI in Saarbrücken (www.dfki.de/verbmobil) umschaut, wird sich vielleicht beruhigt zurücklehnen. Bisher ist das Programm in der Lage, für drei Themenbereiche: Terminverhandlung, Reiseplanung, Fernwartung, gesprochene Sprache zu "verstehen" und in jede der sechs Sprachrichtungen zu übersetzen. Wer sich die näheren Angaben zum Programm genau durchliest, wird freilich sehen, dass man es hier mit einer sehr fundierten Arbeit zu tun hat, die sich keineswegs auf Vokabel- oder Redemittel-Gleichungen beschränkt, sondern auf komplexen linguistischen Analysen beruht und daher tatsächlich eine Art künstlicher und automatisierter Übersetzung ermöglicht. Wozu die angegebene Internet-Seite keine Auskunft gibt, ist allein der interkulturelle Aspekt, der auch in Funktionssprachen eine Rolle spielen müsste; ich weiß nicht, ob die Wissenschaftler das berücksichtigt haben, bei Japanisch läge das eigentlich nahe.

Es ist ziemlich erstaunlich, dass die seit 1993 laufenden Arbeiten an diesem Projekt bisher noch keine Aufmerksamkeit bei Fremdsprachendidaktikern erregt haben. Jedenfalls ist mir noch kein Artikel in der Fachpresse aufgefallen, der dazu Stellung bezöge. Vielleicht wartet man wirklich darauf, dass ein kleiner schwarzer Kasten auf den Tisch gestellt werden kann, in den man links französisch hineinspricht: "Mon tailleur est riche" und der rechts englisch hinaustönt: "My tailor is rich." So wird es vermutlich gar nicht werden, sondern unter Einbeziehung der sonstigen Kommunikationstechnologie (wie z.B. dem tragbaren Telefon) eine Dienstleistung, die man im time-sharing-Verfahren in Anspruch nehmen kann, die Veranstaltung einer Tele-Konferenz beispielsweise. Wer mit dem Entwicklungstempo moderner Technologien vertraut ist, vor allem mit dessen Beschleunigung, wird keinen Zweifel daran haben, dass in wenigen Jahren ein solcher Dienst zur Verfügung stehen wird. und zwar nicht nur in den drei bisher verwendeten Sprachen und nicht nur für die drei Themenbereiche, die bisher bearbeitet worden sind. Damit wird ein ganzer Berufszweig überflüssig, der bislang damit beschäftigt war, Kindern, Jugendlichen und Erwachsenen mühsam beizubringen, wie man sich ein Würstchen in der Fremdsprache bestellen oder ein Hotelzimmer reservieren kann. Natürlich auch eine Didaktik, die solches Tun zu erhellen verspricht.

Der Verfasser dieser Zeilen ist auch Mitautor eines Lehrbuches für Erwachsene, mit dessen Hilfe die Kursteilnehmer lernen sollen, sich sprachlich etwa bei einer Reise nach Frankreich zurechtzufinden; und es ist ein merkwürdiges Gefühl, absehen zu können, wann ein solches Buch, an dessen Erstellung man viel Mühe gewandt hat, überflüssig werden wird. Er sieht aber deutlich, dass es so kommen wird. Nur technische Unbedarftheit und Unwissenheit bewahrt die Zunft der Sprachlehrer vor berechtigten Zukunftsängsten.

Gemach.

Schon die Auswahl der oben genannten Themenbereiche zeigt, dass sich die sehr aufwendige Entwicklung von Modulen für weitere Themen nur lohnt, wenn diese auch vermarktet werden können. Aus diesem Grunde - nicht etwa wegen technischer Hindernisse - wird es aller Wahrscheinlichkeit nach keine Programme geben, die über Sprachanwendung im Bereich unmittelbarer Nützlichkeit hinausgehen. Geschäftliche Gespräche, später touristische Anlässe werden das Material bilden, das von solchen Programmen verarbeitet wird. Was darüber hinaus geht, der ganze Bereich, den man mit "Kultur" überschreiben kann, ist viel weniger verkäuflich. Es ist auch schwer vorstellbar, dass persönliche Rede, die über den Austausch von Höflichkeitsfloskeln hinausgeht, von den Apparaten übersetzt werden wird. Wie es bei den Fachsprachen aussehen wird, ist schwer abzusehen. Auch das dürfte ein Marktproblem sein.

Es bleibt durchaus ein sehr großer Bereich, in dem das Erlernen einer Fremdsprache sich lohnt. Nur für dessen Bestimmung gibt es noch nicht einmal ansatzweise Überlegungen, noch weniger die Entwicklung von Vorstellungen, wann und wie denn Fremdsprachen unter diesen Umständen gelehrt und gelernt werden sollten. Ich halte das für eine fantasielose Nachlässigkeit und einen schweren Fehler. Wer heute Fremdsprachenlehrer ausbildet, die noch in dreißig Jahren im Beruf sein werden, müsste sich eigentlich Gedanken darüber machen, was die dann tun sollen.

Ich unterlasse es, hier Entwürfe für schulische oder universitäre Bildungsprogramme hervorzuspinnen. Stattdessen möchte ich meinem Optimismus die Zügel schießen lassen und meiner Zufriedenheit darüber Ausdruck geben, dass die Fremdsprachen die ganze utilitäre Banalität wieder abstreifen können werden, mit der sie sich ihre Existenz an Schule und Universität erkauft haben. Diese Häutung wird ihnen gut zu Gesicht stehen, freilich die Kundschaft nicht vergrößern.

avw
 

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TIME LAG

 

L'attentat de New York a suscité un flot de paroles parmi lesquelles pas mal de bêtises. «Guerre contre la civilisation» en est une. Bien sûr, c'est une guerre. Mais pas contre la civilisation, mais contre une civilisation; et pas mal d'aspects de la civilisation américaine amènent à y renoncer sans trop de regret. Il est facile de confondre sa propre culture avec la culture tout court et de coller l'étiquette de «barbare» à chaque étranger. En ce moment, les Américains ont peut-être l'impression de se trouver dans un combat du Bien contre le Mal. C'est une erreur. Évidemment, même au milieu d'une psychose attisée par les média, on peut essayer de garder son sang froid sans excuser les actions terroristes.

Mais il y a un besoin urgent de compréhension. Comment se fait-il qu'on puisse trouver sans aucun problème des hommes suffisamment fanatisés pour sacrifier leur vie dans un attentat à la bombe ou, on l'a vu, à l'aide d'un avion détourné? Les Japonais qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont inventé ce genre de suicide patriotique, avaient (l'imparfait est peut-être justifié) une civilisation dans laquelle l'individu se définissait d'une toute autre façon que dans les sociétés européennes. Avons-nous, dans les sociétés impregnées de l'islam, un phénomène pareil, capable d'obnubiler totalement une personne, au point de lui faire croire des promesses d'un salut éternel dans un paradis de rêve peuplé de putains éternellement vierges?
 

«Frappe dur, mon fils, en sachant que le ciel t'attend et que tu y auras une vie meilleure; les anges t'appelleront par ton nom et porteront pour toi les vêtements les plus beaux.» (manuscrit trouvé dans les bagages de Mohammed Atta)


On m'accusera d'une réflexion hautaine, teintée d'un scepticisme bien occidental. Mais en effet, on n'efface pas sa propre histoire. Le 18e siècle a laissé des traces. Pas dans le monde entier. Le siècle des lumières est un événement d'ordre européen, pas d'ordre mondial. Et si on ne souffre pas de perte de mémoire, on se souviendra que l'idée du «soldat de Dieu» ne nous est pas étrangère: le «miles christianus» du Moyen Age était quelque chose comme ça, au moins pendant les croisades. On n'oubliera pas, comme le dit Michel Gozard, «qu'il y avait un temps où le lavage du cerveau se faisait à l'eau bénite». On se souviendra que l'humanisme pratiqué est toujours menacé de rechutes (les Allemands doivent bien le savoir). Et on se souviendra du fait que le rationalisme peut se tourner contre lui-même: c'est lui qui a engendré par exemple la mondialisation qui appauvrira des millions.

Qu'on ne confonde pas l'islam avec le terrorisme. Mais le fait que tant de groupements islamistes (Al Qaida, djihad, Gia) essaient d'installer des régimes théocratiques voire un monde unique régi par l'islam prouve un manque d'expérience: ils ne savent pas que ce n'est pas le moyen de promouvoir le paradis terrestre. L'Afghanistan en fait preuve. Les Talibans ont réussi à exiler déjà un quart de leur population: qui donne le pouvoir aux prêtres peut être sûr de voir l'enfer s'établir ici bas. Ce qui n'exclut pas d'autres sortes de prophètes.

J'ai donc l'impression que l'islam a un retard historique considérable qu'il n'avait pas toujours. Au début du Moyen Age, les sociétés arabes étaient l'avant-garde du progrès scientifique et culturel. J'essaie de comprendre pourquoi ce mouvement s'est arrêté tout d'un coup et comment l'écart actuel a pu se produire. Mais je ne suis pas assez instruit pour le faire. Qui veut m'aider? Pour ne pas être mal compris: Quand Silvio Berlusconi avance l'idée d'une suprématie de l'occident, il se trompe, mais les indignations hâtives qui ont suivi sa boutade sont seulement de la political correctness et n'expliquent rien.

Je sais que cette petite remarque ne tient pas compte de beaucoup de facteurs du moment: de l'humiliation quotidienne, de l'expérience de l'impuissance, de la misère vécue tous les jours par les Palestiniens, de l'exploitation des masses du Tiers-Monde par une économie ravageuse et par des gouvernements corrompus qui permettent l'esclavage dans leurs pays. Il reste néanmoins à expliquer pourquoi un tel écart peut se maintenir dans un monde de plus en plus unifié. Ou est-ce une illusion? Vivons-nous en réalité dans des mondes nettement séparés? Il n'y a que le dialogue qui puisse nous permettre de commencer à comprendre et de construire un monde pas unique, pas idéal, certes, mais vivable. Ce ne sera pas nécessairement une gentille causette entre amis: il faudra tout de même essayer de faire comprendre à nos partenaires qu'ils ont loupé environ 600 ans d'histoire.

Citation (dpa, 19 septembre 2001): "In Sachsen sind zwei Lehrerinnen unter dem Vorwurf, die Terror-Anschläge gegen die USA vor ihren Schülern befürwortet zu haben, vom Dienst suspendiert worden."

Il est vrai, on a du mal à s'identifier avec une telle opinion, prononcée devant une classe. Sans doute, les deux profs avaient mal choisi leur public. Mais la réaction administrative prouve une chose: il est est très facile de détruire tout ce qui constitue l'essence même d'une civilisation tout en voulant la protéger. Faut-il rappeler la phrase de Voltaire? «Je ne suis pas de votre avis, mais je ferai tout pour que vous puissiez le dire.»

Une jeune étudiante américaine, Lori Ann Burd, beaucoup plus intelligente que nos deux enseignantes saxonnes, a écrit, le jour même de l'attentat, une lettre circulaire dont j'aimerais citer - avec sa permission - des extraits:
 

Je ne pense pas que ces gens, ceux qui ont causé le naufrage sur la côte-Est ce matin, soient si différents de nous: nous vivons tous sous le même ciel et avons les mêmes besoins fondamentaux. Mais ces gens ont marre de l'Amérique et de ce qu'elle représente.

On nous dit qu'en tant qu'Américains, nous jouissons de certains droits. Ces droits finissent par signifier que nous aurions un accès illimité à tout ce que nous voudrions matériellement et politiquement. De temps en temps nous sommes allés dans d'autres pays, y détruisant les vies de tant de gens, y soutenant même des régimes militaires fascistes ou y créant les soi-disant "réformes économiques". Nous avons nié le droit à l'accès aux médicaments de base et à l'habillement aux pays qui se sont opposés à nos politiques. Nous maintenons encore des bases militaires dans des lieux dont la plupart de nous n'ont jamais entendu parler, occupant et détruisant des coins reculés de la terre. Nous avons détruit les forêts d'antan, percé de trous dans les montagnes pour extraire des minéraux, creusé dans les terres sacrées pour puiser du pétrole. Nous avons mis au travail des millions de gens hors de tous droits sociaux (dans les sweat shops) afin d'avoir des biens moins chers.

[...] Dans notre quête du toujours plus (plus de pouvoir, plus de choses) nous avons fait beaucoup de dégâts et causé tant de souffrance et de mort. Mais ces choses-là ne sont pas aussi excitantes que les explosions d'immeubles. Les média privés, amateurs de sensationnel, savent qu'ils ne retireront aucun profit de ces choses-là, aussi ne font-ils des reportages sur ce que les gens aiment entendre et sur les explosions qui ont tout éventré, mais pas sur la souffrance quotidienne.


Ce n'est que beaucoup plus tard que de rares voix aux États-Unis - par exemple celle du sociologue Jeremy Rifkin, commencent à analyser l'autre côté du crime abominable qui a été commis le 11 septembre. Tout mon respect est dû à cette étudiante qui s'est mise au travail avant tous les autres.
 

avw
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RAPPEL
 
De l'Intolérance religieuse

Cette espèce d'intolérance est la plus dangereuse; l'amour du pouvoir en est le motif, & la religion le prétexte. Que punit-on dans l'hérétique ou l'impie? l'homme assez audacieux pour penser d'après lui, pour croire plus à sa raison qu'à celle des prêtres, & pour se déclarer leur égal. Ce prétendu vengeur du ciel ne l'est jamais que de son orgueil humilié.

Aux yeux d'un Muphti, comme à ceux d'un Bonze, un incrédule est un impie, que doit frapper le feu du ciel: aux yeux du sage, ce n'est qu'un homme qui ne croit pas au conte de ma Mere-l'Oye.

Helvétius, De l'Homme, Londres 1781, 328


Et Condorcet, sur le malheur de l'Islam:

Les moeurs des arabes avaient de l'élévation et de la douceur: ils aimaient et cultivaient la poésie; et lorsqu'ils régnèrent sur les plus belles contrées de l'Asie, lorsque le temps eut calmé la fièvre du fanatisme religieux, le goût des lettres et des sciences vint se mêler à leur zèle pour la propagation de la foi, et tempérer leur ardeur pour les conquêtes. [...] Les sciences y étaient libres, et les arabes durent à cette liberté d'avoir pu ressusciter quelques étincelles du génie des Grecs; mais ils étaient soumis à un despotisme consacré par la religion. Aussi, cette lumière ne brilla-t-elle quelques moments que pour faire place aux plus épaisses ténèbres.

 

Condorcet, Esquisse, 1794
Nous n'avons rien à y ajouter!

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NETTES JAHRHUNDERT
 
Da sage einer doch, die Werbung im elektronischen Briefkasten sei nichts als lästig. Heute empfiehlt mir die in Massachusetts beheimatete "Nettes Jahrhundert Welt Organisation" ein Buch, aus dem ich, angeschrieben "Als Eine Gute Person", nichts als lernen kann, nämlich
 
Wie, um Leute Rücksicht Sie zu machen
Wie, um Freunde zu gewinnen
Wie, zu lassen, dass ihr Verhalten ihrer Gesundheit, Arbeit, Aufgabe, Beruf, Beziehungen, Geist, Gemüt, Wohl... hilft
Wie, um Ihr lebens glatteres und glücklicheres zu machen
Wie, um was auch immer Sie mögen zu machen, um ohne unangenehm zu anderen Leuten zu werden
Wie, um gutes Verhalten in ihren Kindern oder Studenten zu entwickeln
Wie, um die Welt friedlich zu machen, und besser


Ich gestehe: Die Frage, wie man es fertigbringt, alles zu tun, was man will, ohne damit bei anderen anzuecken, hat mich schon immer beschäftigt. Bisher hat man stets zurückgeschlagen. Ein Buch, das für dieses Problem ein Rezept bereithält, sollte unbedingt weiterempfohlen werden, zum Beispiel den Herren Sharon und Arafat oder BinLaden und Bush.

Es geht ein Ruf wie Donnerhall: "Das vollständige nützliche Verhalten Prinzipien bedecken nicht nur was wir, sondern auch was wir - besonders die Fehler Leute und leicht oft nicht sollen machen sollen machen machen"! Alles klar? Das nette Jahrhundert ist eröffnet. Wäre auch mal eine Abwechslung nach dem letzten.

avw


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«Je trouve ce pays sclérosé, avachi», constate Jacques Rigaud, mars 2002, en parlant de la France, bien sûr. Il n'est pas le seul Européen à se plaindre de la stagnation, du manque de courage et de l'absence d'imagination. Ce n'est donc pas forcément un phénomène allemand que Dieter Simon décrit dans l'article qui suit. Il est même possible que la peur de la liberté résulte de l'évolotion. Jean Decety (Seattle) écrit:

Je n'oserai pas donner des structures nerveuses qui seraient responsables de notre peur de la liberté, mais plutôt un éclairage de la psychologie évolutionniste. Notre cerveau est d'abord une machine redoutablement efficace pour la détection des régularités, des évéments physiques ou sociaux. On privilégie donc ce qui est statistiquement récurant, familier. Notre cerveau nous pousserait donc au conservatisme. C'est la sécurité ou le sentiment ou l'impression rassurante d'une sécurité. Cela fonctionne bien le plus souvent, mais pas toujours. Cela n'aide pas à s'adapter aux événements imprévisibles qui pourtant jalonnent notre histoire naturelle et culturelle.

Lisez aussi: "Der Fortschritt" de Wolf Wucherpfennig ou bien, ici, la traduction de ce «conte philosophique».
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CETTE LIBERTÉ QUI FAIT PEUR

Dieter Simon
 

Voilà l'histoire: cet établissement avait perdu sa splendeur d'autrefois. Même ses défenseurs les plus fervents n'avaient plus le courage de nier les faits. On commençait à envisager des réformes, à les désirer même. A la fin, presque tous les résidants participaient aux réunions qui avaient pour but de construire, derrière la vieille façade, un bâtiment entièrement neuf. Un seul se tenait à l'écart. Il aurait aimé prendre la direction de l'établissement dans lequel il se sentait chez lui, parce que, durant de longues années, l'institut lui avait procuré l'intimité d'un lieu sûr.

Le candidat adversaire était le chef de file des réformateurs. Il avait présidé aux réunions, établi les projets, calculé la route à prendre. Qui d'autre que lui serait capable de mener la maison vers des temps nouveaux? «Qui veut éviter l'échec, est presque obligé de voter pour cet homme, idole de la réforme», disait l'indécis à ses rares amis.

Il se présenta quand même, ne serait-ce que pour inscrire aux protocoles une alternative. Il fut élu à l'écrasante majorité. En fin de compte, la plupart des gens avaient préféré empêcher le succès de la réforme.

Moralité: comprendre que les réalités sont insupportables ne veut pas dire qu'on arrive à maîtriser la peur que les nouvelles circonstances soient encore plus infernales.

Bien sûr, on promet, on proclame toujours les meilleures choses: des prés fleuris, des possibilités élargies, la liberté en personne. Tout le monde le souhaite. Mais pas tous sont prêts à en payer le prix. Une réforme exige des changements, et changement veut dire insécurité. On arrive à supporter l'incertitude s'il ne s'agit que d'une vie plus confortable, que de l'embellissement du quotidien. On se permet un vote quelque peu réformateur et la prochaine fois on choisit de nouveau les conservateurs. Un comportement qui, dans ce pays, est particulièrement populaire.

Mais la liberté est d'un autre poids. La liberté est dangereuse. Ce n'est pas par hasard que les réformes qui essaient d'élargir les libertés, soient soupçonnées d'être des émeutes. Les réformateurs ont toujours vécu à côté du bûcher.

Le système politique est passé par un apprentissage et teste ses possibilités avec précaution. Il a renversé les palissades frontalières et a proclamé, sur de grandes pancartes, les nouvelles libertés de ses citoyens. Ils peuvent aller où ils veulent. Mais eux seuls. Après les premières vagues migratoires, les pancartes ont été recouvertes et on a augmenté les libertés de la police. Il n'y a que peu qui protestent. Finalement, l'esquif est surchargé. Et le peuple se plie aux pouvoirs scandaleux des forces de l'ordre. A la fin, quelques-uns des récemment libérés se demandent en quoi elle se distingue, la nouvelle surveillance, des conditions de la vie en prison. Tout comme les gardiens des contes de Dürrenmatt, seule la croyance en leur statut de gardiens libres les préserve de voir clairement qu'ils sont en réalité des prisonniers minables.

C'est moins grave qu'il ne paraît. Malgré toute idée reçue: dans les casemates de l'esprit populaire, il y a une grande faim de servitude en toute sécurité. Les agissements du mal doivent être empêchés; il est bien que l'heure de clôture limite les droits du buveur; que la voiture survive la nuit sans être endommagée, que les cleps n'aient pas le droit d'aboyer à n'importe quelle heure et qu'il soit exclu qu'un quelconque rêveur multi-culturel puisse taguer son opinion sur les murs. Dans la société de l'amusement, la liberté est-elle plus qu'un luxe amusant?

L'enthousiasme des mouvements libertaires du monde entier, l'extase des défilés demandant de briser les fers ne prouvent rien. Ils ne font que démontrer que même un regard perçant se laisse tromper facilement. Quand on regarde de près, on remarque que les groupuscules pour lesquelles les murs et les mesures prises forment une entrave à la vie libre, sont vraiment petites: défenseurs isolés de la liberté que les commodités rassasiantes ne corrompent pas, qui savent distinguer les plaisirs et n'en confondent aucun avec le goût de la liberté. Ces gens savent que la liberté demande des efforts. On doit apprendre à s'en servir. La sécurité, elle, n'a pas besoin de leçons. Tout animal cherche sa sécurité. Apprendre à se servir de sa liberté est une chose humaine.

Depuis des siècles, les pédagogues cherchent la voie royale entre dressage et croissance sauvage, entre clôturation et sortie libre. Jusqu'alors, les résultats de nos recherches et de l'expérience n'étaient pas satisfaisants. La balance, paraît-il, refuse d'être mise en équilibre.

La curiosité bien dressée manque de vie constructive et n'a pas le courage créatif de prendre des risques. Arrivé au port et en toute sécurité, on ne découvre plus rien, derrière les murs des forteresses s'étend la décrépitude.

L'autonomie libre se transforme en anarchie ou, pour le moins, entrave la morale sociale. Les libres deviennent trop libres. D'abord, ils se mettent en danger eux-mêmes, et après, les autres. L'hédonisme doit battre retraite. Au début, la sécurité sociale garantit des pertes afin que l'individu puisse réaliser sa liberté. Mais le système coûte cher. Continuellement, on invente de nouvelles contributions avec lesquelles l'individu achète sa sécurité face aux libertés des autres. Mais quand il y a cessation de paiement et pénurie de ressources, le dressage et la contrainte sont à la mode.

Le drame recommence: les chaînes sont brisées pour qu'on puisse de nouveau échapper à la liberté.
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Traduit, avec l'aimable autorisation de l'auteur, par Armin Volkmar Wernsing
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LE PROGRÈS

Wolf Wucherpfennig

 
Souvenons-nous de ce qui, comme tout le monde le sait, aura été. Après que les États-Unis eurent inventé le Terminateur, l'Europe - politiquement correcte - jeta sur le marché l'Initiateur. Les deux étaient des androïdes voyageurs du temps qui, rentrant au passé, devaient corriger le présent qui était passé entretemps. Le Terminateur en assassinant quelqu'un, l'Initiateur en engendrant un enfant.

A première vue on dirait que les conséquences de ce que fait le Terminateur sont beaucoup plus facilement envisageables que celles mises en oeuvre par l'action de l'Initiateur. Le Terminateur termine un fait, l'Initiateur produit des possibilités. Mais c'est une erreur, car l'achèvement d'un fait, en occurence d'une vie humaine, produit également de nouveaux développements et combinaisons, auxquels, pour ainsi dire, la voie était obstruée par cette vie même.

On reconnut bientôt que l'idée de ces androïdes voyageurs du temps était aussi erronnée que celle d'une guérison par manipulation génétique. Dans les deux cas on avait cru obtenir un effet calculable en enlevant ou en ajoutant un élément. Or, on avait négligé le raisonnement que les effets sont produits par des combinaisons et relations changeantes.

On décida donc de ne plus changer les choses dans le temps, mais le temps lui-même et on inventa le Manipulateur Général Temporel (MGT). Il s'agissait d'une machine contenant un Mutateur Temporel capable de résumer et de ralentir la totalité du passé, et un Convertisseur Temporel qui pouvait inverser le passé, le présent et le futur. Ainsi, on arrivait par exemple à reculer l'histoire universelle de deux cents ans et de la faire progresser tout doucement, pour avoir assez de temps de délibération mûre sur toute décision politique. Hélas, quelques siècles à peine écoulés, il se trouva que les hommes, même après une réflexion mûre, ne prenaient pas de décisions plus intelligentes.

De toute évidence, il valait mieux se transposer instantanément dans l'avenir, époque où les conséquences de l'action présente seraient visibles et transformées dans un «il aura été une fois», pour retourner au présent en partant de ce point futur, en connaissance des dégâts causés, et en profitant à la fois de l'expérience gagnée et de l'élévation morale certaine. Dès qu'on eut mis la machine en marche, ce fut la catastrophe. Aucun événement n'étant jamais achevé, la machine catapulta l'histoire universelle entière de plus en plus vite dans l'avenir, toujours à la recherche d'une fin, un voyage dans le temps à vitesse folle. C'était trop tard qu'on reconnut qu'on aurait dû laisser le futur antérieur aux écrivains.

Voilà l'histoire du progrès.

Traduction par Armin Volkmar Wernsing
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LA GUERRE A L'INTELLIGENCE
 
Voici le texte d'un appel, publié le 18 février 2004 dans les pages de l'«Inrockuptible». Il a été signé en France par 40.000 personnes. Nous autres Allemands aurions bien des choses à ajouter.
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Rien de plus proche aujourd'hui d'une université sans crédit qu'un laboratoire scientifique en panne, rien de plus proche d'un intermittent du spectacle qu'un doctorant précaire, d'un urgentiste en alarme qu'un juge débordé par les dossiers et les affaires, d'un psychanalyste interdit d'exercice qu'un archéologue privé de fouilles, rien de plus proche d'un architecte qu'un avocat ou qu'un médecin dont la liberté d'exercer est de plus en plus encadrée, rien de plus proche d'un chômeur en fin de droit qu'un artiste au Rmi, rien de plus proche, dans des salles vétustes et bondées, qu'un prof et ses étudiants.

Tous ces secteurs du savoir, de la recherche, de la pensée, du lien social, producteurs de connaissance et de débat public font aujourd'hui l'objet d'attaques massives, révélatrices d'un nouvel anti-intellectualisme d'Etat. C'est à la mise en place d'une politique extrêmement cohérente que nous assistons. Une politique d'appauvrissement et de précarisation de tous les espaces considérés comme improductifs à court terme, inutiles ou dissidents, de tout le travail invisible de l'intelligence, de tous ces lieux où la société se pense, se rêve, s'invente, se soigne, se juge, se répare. Une politique de simplification des débats publics, de réduction de la complexité : pour ou contre le voile ? Psychiatres ou charlatans ? Un policier dans chaque école ou des professeurs laxistes ? Juges de gauche ou flics sévères ? France d'en bas contre élites savantes ? Les artistes : fainéants ou profiteurs ? Depuis deux ans, la liste est longue des compétences et savoirs pratiques méprisés, des débats raccourcis, amputés de leur épaisseur et de leurs contradictions fécondes.

Le gouvernement Raffarin fait un usage simpliste et terrifiant des fameuses leçons du 21 avril : en pleine crise de l'Etat-Providence, dans ces secteurs les plus sensibles que sont l'hôpital et la santé, l'école et l'université, la justice et le travail social, la culture et l'audiovisuel public, au moment d'une fracture urbaine sans précédent entre des centre-ville riches et paisibles et des périphéries abandonnées, à l'heure d'une décentralisation culturelle accélérée et sans filet et d'une industrie de la culture qui modifie en profondeur le paysage intellectuel, que fait le gouvernement ? Il livre l'architecture, l'urbanisme et la construction d'un nouvel espace public aux grands groupes de BTP. Il dégraisse les corps intermédiaires de la communauté éducative en supprimant emplois-jeunes, aide-éducateurs, infirmières, surveillants. Il fragilise le monde du spectacle au nom d'une réforme nécessaire du régime de l'intermittence. Il démoralise les professions de santé et accélère la "fuite des cerveaux" dans les universités étrangères. Il profite du départ à la retraite des générations du baby-boom pour faire disparaître des secteurs de recherche, des spécialités médicales, des disciplines éducatives.
Il procède à des coupes sombres dans les budgets du savoir et de la recherche. Et il résout la prise en charge des "vieux" par la culpabilisation des familles, le rappel à l'ordre paternaliste des plus jeunes et la suppression d'un jour férié.

Cette guerre à l'intelligence est un fait sans précédent dans l'histoire récente de la nation. C'est la fin d'une exception française : un simple regard chez quelques-uns de nos voisins européens, dans l'Angleterre post-thatchériene ou l'Italie berlusconienne permet pourtant de voir ce qu'il advient des écoles, des hôpitaux, des universités, des théâtres, des maisons d'édition au terme de ces politiques qui, menées au nom du bon sens économique et de la rigueur budgétaire, ont un coût humain, social et culturel exorbitant et des conséquences irréversibles.

Loin de constituer un mouvement d'humeur corporatiste, ce sursaut des professions intellectuelles concerne l'ensemble de la société. D'abord parce que la production et la diffusion des connaissances nous est aussi indispensable que l'air que nous respirons. Ensuite, parce qu'au-delà de nos métiers, de nos savoirs, de nos pratiques, c'est au lien social qu'on s'en prend, reléguant davantage encore dans les marges les chômeurs, les précaires, et les pauvres.

Et maintenant ? Fort de cette prise de conscience, il s'agit de partager les luttes et les mobilisations, de fédérer nos inquiétudes, d'échanger ces expériences alarmantes, et d'adresser au gouvernement une protestation solidaire, unifiée, émanant de tous les secteurs attaqués par cet anti-intellectualisme d'Etat qu'aucun parti politique, de droite comme de gauche, n'a encore entrepris de dénoncer. Chacun d'entre nous doit continuer à porter ses propres revendications, à élever ses propres défenses, mais nous devons aussi interpeller collectivement nos concitoyens sur ce démantèlement des forces vives de l'intelligence.

Pour signer (avec vos noms, prénoms et qualité) : appel@inrocks.com

N'hésitez pas à faire circuler

(On n'est pas toujours d'accord avec Serge Kaganski, mais là, il a raison.)

Petite histoire qui n'a rien à voir

En Rhénanie-Westphalie, dans la région Cologne - Duesseldorf, il y avait une fois le petit groupe de formateurs de professeurs du secondaire qui avait pour coûtume de se rencontrer une fois par an: on discutait sur les développements récents en didactique, on écoutait des chercheurs allemands ou étrangers, on pratiquait l'auto-formation continue. Rien de plus innocent que ces réunions annuelles, et rien de plus utile aussi. Il est évident que les formateurs des futurs enseignants doivent être au courant dans leurs disciplines.

La ministre de l'éducation du gouvernement du Land (elle est sympathique, oui, oui) a cassé ce réseau sous prétexte d'économies à faire. Ceux qui se sont occupés de la formation des formateurs ont reçu une gentille petite lettre de remerciement avec la notice que leurs services ne seraient plus récompensés de deux heures de moins. Les participants, eux, doivent renoncer au remboursement de leurs frais de voyage, les experts ne pourront plus être  rémunérés. En plus, tous les formateurs ont le plaisir de devoir travailler deux ou trois heures de plus dans leurs classes (en dehors de leur travail au séminaire, qui n'a pas diminué, loin s'en faut).

C'est la logique économique: une école bâclée suffit. Un exemple insignifiant?

Je relève cette phrase dans un journal: «Ce pays a besoin d'un débat sur les élites, d'une discussion sur les standards de l'élite politique.» - Une collègue d'Outre-Rhin m'a demandé: «Qu'attendez-vous pour aller dans la rue?» C'est une idée, ça.

Le projet «Metrorapid» (une ligne de chemin de fer ultra-rapide entre Dortmund et Duesseldorf) qui ne sera jamais réalisé, a coûté 54,5 millions d'euros aux contribuables. Cela correspond à un million neuf cent neuf mille sept cent vingt-deux heures de cours au prix que paie le Land à ses professeurs.
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