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Sur l'abus du mot « culture » · Über den Missbrauch des Worts "Kultur"


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Dans une interview avec la « Rheinische Post » (Düsseldorf), la nouvelle présidente de Rhénanie-Westphalie, Hannelore Kraft, explique pourquoi elle aussi avait préconisé la décision d'organiser à Duisbourg la « Loveparade » de l'année 2010 :

« La <Loveparade> faisait pourtant partie de la culture des jeunes, elle était toujours gaie et paisible. »
(Rheinische Post, 29 juillet 2010, page A4)

Or, on sait que cet événement auquel a participé plus d'un million de jeunes et d'adultes, a entraîné la mort de 21 personnes pour ne pas parler des centaines de blessés. Ne participons pas à la discussion sur les responsabilités, c'est une question qui intéresse la justice. Ce qui est suffisamment clair à l'heure actuelle, c'est l'incompétence des tous les organisateurs de gérer une telle manifestation ; et cela dresse un portrait fidèle d'une époque où tout le monde parle de compétences. Plus on en parle, moins il y en a, c'est démontré.

Ce qui gène dans les paroles de Mme Kraft, c'est l'utilisation du terme de « culture » pour désigner une telle manifestation. Ceux qui participent à un évément de ce genre prouvent en premier lieu leur incapacité de prévoir les risques qu'ils courent, et cela pour écouter de la musique assommanante et pour suer dans la foule. Tout le monde sait que la foule ne suit pas la raison mais la foule. Cela ne veut pas dire que ce soit leur faute à eux d'avoir été tués. Ils sont victimes, car ensuite, ils participent à une manifestation dont le but n'est autre que de faire du fric et de la pub et qui n'a aucun rapport avec son titre. Cette fête de l'évasion qu'on propose à la jeunesse, est un produit industriel comme n'importe quel autre. Le manque de jugement élémentaire, mais aussi l'absence d'esprit critique s'accorde mal avec la « culture ».

On peut réfléchir longuement, il est vrai, sur le sort d'une jeunesse au chômage ou désabusée par le travail de moins en moins gratifiant et avide de plaisirs mais inextricablement emprisonnée par la machinerie de l'industrie d'amusements. Les images de Duisbourg sont un véritable symbole.

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Mme Kraft n'est pas la seule à parler de « culture » quand il s'agit en vérité de barbarie d'une part, de cynisme d'autre part. - Ne serait-ce pas temps de restituer aux mots leur signification ? Ce serait faire le premier pas d'un apprentissage pénible mais nécessaire.

Les responsables de Duisbourg ne sont nullement excusés.

Il y a des commentaires ridicules comme celui d'un évêque autrichien qui a proposé de croire que la mort des 21 victimes est la punition de Dieu pour ce comportement peu convenable. On se demande pourquoi le même Dieu n'a pas puni le comportement peu chrétien d'un cardinal viennois ou pourquoi il ne s'est pas attaqué aux responsables de Duisbourg au lieu de massacrer 21 jeunes... Mais c'est plutôt le chapitre : comment mettre au pas les gens ?

Petite remarque qui n'a rien à voir : Dans le nouveau roman de Didier Daeninckx, « Galadio » (Gallimard 2010), il est question d'un garçon de Duisbourg, fils d'une Allemande et d'un soldat africain de la troupe d'occupation de la Ruhr et donc métis, qui lui aussi devient victime de l'industrie des convictions de l'époque nazi. Il est figurant dans des films racistes ce qui lui sauve la vie, tout de même. En partie, un roman d'aventure. A lire!

In einem Interview mit der "Rheinischen Post" (Düsseldorf) erklärte die neue Ministerpräsidentin von Nordrhein-Westfalen, Hannelore Kraft, warum auch sie die Veranstaltung der "Loveparade" 2010 in Duisburg befürwortet hatte:

"Die Loveparade war doch ein Stück Jugendkultur, war immer friedlich und fröhlich.
(Rheinische Post, 29. Juli 2010, Seite A4)

Bekanntlich hat dieses Ereignis, an dem über eine Million Jugendliche und Erwachsene teilnahmen, den Tod von 21 Personen verursacht, um nicht von den Hunderten von Verletzten zu reden. An der Diskussion über die Verantwortlichkeit werden wir uns hier nicht beteiligen; das beschäftigt die Justiz. Was jetzt schon deutlich wird, ist die Inkompetenz der Organisatoren, die sich als unfähig erwiesen haben, eine solche Veranstaltung zu planen und zu steuern. Dies ist ein getreues Abbild einer Epoche, in der alle von "Kompetenzen" reden : Je mehr man darüber spricht, desto weniger gibt es. Das ist nun nachgewiesen.

Was bei Krafts Worten stört, ist die Verwendung des Begriffs "Kultur", um eine solche Veranstaltung zu bezeichnen. Die an einem Ereignis wie diesem teilnehmen, zeigen zuerst ihre Unfähigkeit, die einzugehenden Risiken vorauszusehen, und das nur um Totschlage-Musik zu hören und in der Menge zu schwitzen. Jeder weiß doch, dass die Menge nicht der Vernunft folgt, sondern der Menge. Das besagt nicht, dass sie an ihrem Tod selbst schuld sind. Sie sind Opfer, denn darüber hinaus nehmen sie an einer Veranstaltung teil, deren einziger Zweck es ist, Geld und Reklame zu machen und die mit ihrem Titel nichts zu tun hat. Dies Fest der Flucht aus dem Alltag, das man der Jugend anbietet, ist ein Industrieprodukt wie jedes andere auch. Der Mangel an elementarem Verstand und Kritik passt schlecht zum Wort "Kultur".

Man mag, das ist richtig, lange nachdenken über das Schicksal einer Jugend, die, arbeitslos oder enttäuscht von einer immer unbefriedigenderen Arbeit, das Vergnügen sucht und dabei von der Maschinerie der Amüsierindustrie ausweglos eingesperrt wird : Die Bilder von Duisburg sind ein starkes Symbol.

Frau Kraft ist nicht die einzige, die von "Kultur" redet, wenn es in Wahrheit um Barbarei einerseits und andererseit um Zynismus geht. - Wäre es nicht Zeit, den Worten ihre Bedeutung wiederzugeben? Das wäre der erste Schritt eines mühevollen, aber notwendigen Lernprozesses.

Die Verantwortlichen von Duisburg sind damit in keiner Weise entschuldigt.

Es gibt lächerliche Kommentare wie derjenige eines österreichischen Bischofs, der zu glauben vorschlug, der Tod von 21 Opfern sei die Strafe Gottes für dies unziemliche Betragen. Man fragt sich natürlich warum dieser Gott das unchristliche Betragen eines Wiener Kardinals nicht bestraft hat oder warum er nicht gleich die Verantwortlichen ins Visier genommen hat statt 21 Jugendliche zu massakrieren ... Aber das gehört wohl eher in das Kapitel : Wie schaffe ich es, dass die Leute parieren ?

Kleine Anmerkung : Der neue Roman von Didier Daeninckx, "Galadio" (Gallimard 2010), handelt von einem Duisburger Jungen, Sohn einer Deutschen und eines afrikanischen Soldaten der Ruhr-Besatzungstruppe, ein Mischling also, der ebenfalls Opfer der damaligen Nazi-Bewusstseinsindustrie wurde. Er muss in rassistischen Filmen mitspielen, was ihm immerhin das Leben rettet. Teilweise ein Abenteuerroman. Sollte man lesen !
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Plus que le spectacle lui-même, cette gigantesque fête de la connerie désespérée, plus que l'incompétence éclatante des organisateurs - avant et pendant -, c'est le spectacle minable que nous offrent les responsables qui ne veulent pas l'être. Personne n'a rien fait, rien su, rien voulu. Il est pardonnable qu'ils veuillent sauver leur peau, oui. Mais la manifestation ouverte de cette culture de l'irresponsabilité mensongère, de ce je-m'en-foutisme mal caché est inexcusable. Un mot aurait suffi : « Oui, je me suis trompé. »

Notre respect est dû aux nombreuses personnes qui ont aidé au risque même de perdre leur vie. C'est ça, la culture.

Mme Kraft a réfléchi et fait un discours très émouvant, samedi. Elle n'a pas parlé de culture, heureusement, mais du bien-être des hommes et de leur sécurité. Elle a raison.

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